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lundi, 13 février 2006
Objectif love
Ah l'amour! Les entremetteurs professionnels redoublent d'imagination pour combler les coeurs solitaires. Coup de foudre ou coup de blues en vue?
Il paraît que les célibataires sont de plus en plus nombreux. Certains le restent par choix, soucieux de leur paix (ou de courir le guilledou) et à part de rares vocations religieuses, les autres désirent modifier au plus vite cet état civil mal vécu. Pour forcer leur destin, il y a les agences spécialisées, un peu tristounettes, mais après «reliftage» il paraît qu'il faut désormais parler de «marché du bonheur».
Drôle d'expression! Le bonheur, vraiment? Mais si on le trouve au marché, prêtons plus que jamais attention à la date de péremption! Car soutenir que vivre avec la même personne «ad vitam aeternam» est synonyme de bonheur peut vite s'avérer un slogan publicitaire, donc mensonger: avec près d'un divorce pour deux mariages, la statistique dément les boniments des marchands de rêve. N'oublions pas que le mariage a été inventé à une époque où l'espérance de vie tournait autour de la quarantaine, ce qui laissait assez de temps pour faire des enfants mais pas assez pour se connaître vraiment avec ses suites parfois heureuses, mais pas forcément. Qu'importe puisque la mort emportait tout cela vite fait et résolvait les problèmes avant qu'ils ne se posent, avant que l'on ne s'oppose. Aujourd'hui, les jeunes mariés se trouvent devant une longue autoroute qui risque de ressembler à l'E 411 avec moult cassis, nids de poule, obstacles, affaissements, voire même déviations provisoires. Roméo est exaspéré de voir traîner la cire épilatoire de Juliette dans la salle de bain, laquelle, voyant son mari affalé tel Omer Simpson, entend Sacha Guitry lui souffler «qu'au soir de leur mariage combien de femmes ne sont-elles pas déjà devenues veuves du mari qu'elles avaient imaginé?» Et Nougaro de renchérir en chantant: «L'amour, l'amour, il ne peut rien contre un calendrier: vient le moment fatal ou le vilain mari tue le prince charmant.»
Les sociologues évoquent moins poétiquement une tendance contemporaine: nous aurions perdu le courage d'oser la durée. Quoi donc, l'amour devrait être un effort? Courage? Cachez ce mot que nous ne pouvons plus entendre! Or donc, malgré, ou à cause de ce tableau plus réaliste qu'idyllique, les entremetteurs professionnels redoublent d'imagination et diversifient les perches tendues dans la mare aux amours. Voyons cela.
Il y a, venu d'Amérique - comme toutes les modes - le speed dating. Pas de temps à perdre: en quelques minutes on se renifle comme les chiens, sans chichis. Pas d'affinités? Allez ouste, on est pressé! Mais si l'on s'imagine pouvoir filer le grand amour en le glissant dans son filofax parmi cinquante autres obligations, c'est ignorer que les meilleurs plats mijotent à petit feu et dès lors ce sont les impatients qui perdent le plus leur temps, faute de se hâter lentement.
Il y a aussi, c'est nouveau, les rendez-vous dits originaux, décalés. Par exemple la balade en bateau-mouche. Mais ce romantisme à l'Amélie Poulain ne vaut sûrement pas une vraie descente en rafting. C'est dans les remous qu'on montre le mieux son caractère.
Est proposée aussi la rencontre sur une ligne de transport public jugée plaisante. L'autobus à impériale, fort prisé lors des mariages, a du charme et épouser une anglaise est certainement un must, mais depuis juillet dernier les terroristes, préférant la mort à l'amour, ont jeté une ombre sur ce magnifique engin, du reste à la retraite complète depuis décembre, sauf dans les circuits touristiques où l'on risque de rencontrer une Japonaise. Pas évident.
Le dîner au resto est un grand classique, mais voilà qu'on suggère des rencontres sans chandelles et... dans l'obscurité complète. Pas bête, l'idée que la voix est autant un vecteur de séduction que le corps. Elle peut envoûter, en effet. Et nous ramène encore à Sacha Guitry: «Tu étais si jolie, hier soir, au téléphone». Mais c'est encore placer le contenant avant le contenu, donc très aléatoire. Les susurrements de la blonde qui annonce le départ immédiat «gate number five» sont peut-être ceux d'une brune bouffie... Crash en vue!
Or voici que cette frénésie d'originalité montre déjà ses limites. Pragmatiques, les Américains s'interrogent à coup d'études dont les conclusions ne manquent pas de sel.
Elles disent qu'en fait tout est faussé dès le départ, car les arrière-pensées tuent la spontanéité. Qu'il convient de laisser du temps pour surfer doucement sur l'ambigu, l'incertain, le suggéré, le latent. En une sorte d'effleurement, mot idoine puisqu'on songe à flirt. Et pour les «forts en j'taime» mieux vaut prolonger les prolégomènes un maximum avant le «grand oral» des aveux. En attendant, vive donc les rencontres fortuites, les clubs de sports, les soirées entre amis, le ciné, qui ont fait leurs preuves. Une fois encore, on découvre qu'il n'y a rien de tel que le passé pour réinventer le présent.
Les penseurs du coeur dressent même le profil de la femme célibataire «à prendre». C'est une jeune visiteuse de musée solitaire. Parce qu'elle n'est pas accompagnée (donc libre?) , s'intéresse à l'art, donc probablement cultivée, ouverte au monde et aimant la beauté. L'idéal. Ajoutons que si elle aime la poésie, c'est gagné. Car elle murmurera alors à son soupirant les mots magiques de Paul Valéry, tirés de son poème «Les pas» : «Ne hâte pas cet acte tendre/Douceur d'être, et de n'être pas/Car j'ai vécu de vous attendre/Et mon coeur n'était que vos pas»...
Source : LaLibre.be
09:19 Écrit par Arnaud, Le blog mariage (Webmaster) dans Actualité mariage, Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : Mariage |
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